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Grand reportage : Yirgou ; la solidarité après le choc

« Ce qui s’est passé est une erreur, sinon ce sont nos frères », regrette Abdoulaye Ouédraogo, un vendeur de café installé en centre-ville de Barsalogho.  Une table couverte d’une nappe fatiguée par plusieurs années d’usage et un banc tout aussi usé que la table qu’il accompagne, constituent le comptoir à café de Abdoulaye Ouédraogo. C’est ici que les nouvelles du matin se prennent et plus d’une semaine après le drame social de Yirgou (1er janvier 2019), le sujet fait toujours l’actualité. Toutefois, il n’est plus question de décrire ce qui s’est passé, mais de s’interroger sur comment renforcer le tissu social très fragilisé ?

Le mal est déjà fait mais…

De Barsalogho à Foulbé en passant par Bilbalogo et Beguélé, la poussière rougeâtre est le compagnon du voyageur.  Sur ce trajet qui mène à Yirgou, les concessions aux abords de cette route faiblement empruntée conservent encore les séquelles de ce que d’aucuns qualifient « d’incompréhension ». Noircie par la fumée, blessée à certains endroits par des marques de jets de pierre (…) la devanture de cet habitat de campagne reflète la vitesse avec laquelle ses locataires l’on abandonné. Ici, seuls les animaux sont restés et occupent les dessous des greniers encore remplis de récoltes fraichement rangées. Le chef de ce village (Beguélé) a lancé un appel au retour immédiat de ses déplacés, qui sont regroupé à Barsalogho. Dicko Adama en est un et il est formel. Ce qui est arrivé est la faute des terroristes. « Il n’y a pas quelqu’un qui détestent les terroristes plus que nous (ndlr : peul) », déclare-t-il ajoutant que « ce sont eux (les terroristes) qui sont à la base des évènements. Leur objectif est de semer la division entre nous ».

« Il n’y a pas de contact entre nos frères et les bandits. Nous avons juste entendu qu’ils sont hébergés souvent ici », déclare Moumouni Ouédraogo (nom d’emprunt), assis au marché de Foubé, à une dizaine de kilomètres de Yirgou. Dans ce marché, on ne marchande pas, mais on palabre sur ce qui se passe dans ces localités où un contrat de vivre ensemble lie agriculteur et éleveur depuis plusieurs générations. Assis à l’ombre d’un hangar Moumouni Ouédraogo tient une aubergine entre ses mains tremblantes. Quelques graines blanches de ce légume se réfugient dans sa barbe grisonnante et du haut de ses 70 ans, il refuse de croire que ses frères (les peuls) puissent être complices d’actes terroristes. Il nous annonce d’ailleurs que plusieurs personnes se déplacent en direction de Foubé suite à l’attaque terroriste de Gasseleki, attaque survenue la veille de notre arrivée à Foubé (11 janvier).

Devenu subitement refugié, obligé de compter sur les aides externes, Hamidou Dicko quant  à lui, ne laisse transparaitre aucune émotion sur son visage. Mais le boubou bleu et le seul pantalon jaunâtre qui restent sur cette frêle silhouette masquent mal la douleur d’avoir tout abandonné derrière soi. Malgré tout, Hamidou Dicko reste stoïque. « Je n’en veux pas à tout le monde. Je ne peux, et c’est naturel, qu’en vouloir à ceux qui nous ont mis dans cette situation » affirme-t-il.

A Yirgou, épicentre de cette situation, la parole ne se libère pas encore. Nous sommes le 11 janvier 2019. Les familles veulent faire le deuil, malgré le ballet d’autorités qui dure depuis dix jours et qui ne va pas cesser de sitôt.  La douleur est grande, c’est un fait. Le mal est regrettable, c’est l’avis de ces burkinabè vivant sur cette partie du territoire.

Des initiatives spontanées de soutien aux familles victimes.

10 janvier 2019 : Première nuit à Barsalogho et premier constat. La population a adopté une attitude de deuil. Les débits de boisson jadis bruyants ont mis au niveau zéro le volume de leurs hauts parleurs. Lorsque à 20h nous tentons d’engager la conversation avec Sylvain Sawadogo, il nous dira simplement qu’il a arrêté sa musique parce qu’il a peur. Mais lorsque la conversation se prolonge, ce gérant de maquis nous confiera que la plupart des espaces de réjouissance de Barsalogho observent ce silence en signe de soutien aux familles qui ont été endeuillées depuis le début de l’année. Dans cette commune qui fait frontière avec Tongomayel et Arbinda dans le Soum, il n’y a pas eu de fête du nouvel an. « De manière spontanée plusieurs débits de boissons ont arrêté la musique. Mais d’autres opérateurs qui avaient déjà engagé des dépenses pour la fête ont dû être sensibilisés pour observer un minimum de silence en signe de deuil. Retenez que tout le monde est affecté ici, contrairement à ce que l’on croit, ce n’est pas une seule communauté qui est touchée », explique le maire de Barsalogo Abdoulaye Pafadnam.

Dans cette commune rurale de près de 80.000 âmes (recensement de 2006) ; personne ne pouvait imaginer ce qui est arrivé tant les différents groupes ethniques vivent dans la symbiose.  « Nous avons fréquenté les mêmes classes et il n’y a pas de différence ethnique. L’on ne comprend donc pas ce qui s’est passé », s’étonne le cinquantenaire Sayouba Sawadogo. Et le maire de renchérir que « il n’y avait pas de prémisses ou d’éléments annonciateurs d’une telle situation. L’on ne peut pas dire qu’il y a eu une goutte d’eau qui a fait déborder un vase ici ». L’atrocité décrite par certaines organisations de la société civile alors même qu’elles n’ont pas mis les pieds à Yirgou veut être oubliée et remplacée par un élan de solidarité inter communautaire. « Un conseiller municipal a reçu chez lui plus de 200 déplacés et tout le village s’est mobilisé pour la prise en charge de ces déplacés », s’est félicité le maire de Barsalogo qui relate l’engagement d’un membre du conseil municipal dans un village.

En attendant qu’une solution d’envergure soit trouvée au niveau supérieur, des initiatives endogènes sont envisagées pour reconstruire ce tissu social. « Nous allons tenir une session extraordinaire du conseil municipal et mettre en place pourquoi pas des équipes mixtes de leaders des deux communautés qui vont travailler ensemble auprès des populations pour ramener le vivre ensemble. » envisage le maire qui ajoute que « En plus de cela, nous n’allons pas occulter la nécessité que la justice soit faite et je crois que les autorités ont déjà pris l’engagements dans ce sens. »

Installés sur plusieurs sites ; les déplacés de plus de 5 villages reçoivent régulièrement des visites d’autorités diverses mais le plus grand souhait est de retourner chez soi. Rentré chez soi et retrouver bétail et volaille. L’opinion partagée par ces réfugiés de circonstance est qu’il n’y a pas de problème ethnique dans leur village, il y a juste peut-être un excès de zèle d’un groupe d’autodéfense.

Jonas Bassana Bazié

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